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          Voici quelques extraits du carnet de bord, récit de cette aventure mémorable, qui s'est déroulé l'été 2006. Souvenirs souvenirs...

 

   Jeudi 06 juillet

 

Réveil 8h, on veut partir plus tôt aujourd’hui, enfin 10h15 tout de même, le temps de démonter le camp. On chauffe de l’eau pour le petit dèj à l’abri du vent derrière les sanitaires. On parle avec la Warden qui nous propose un autre itinéraire pour arriver à l’Askja. A choisir entre 2 jours dans des champs de lave et 2 jours de piste, il n’y a pas d’hésitation, on choisit les champs de lave.

Nous voila parti à l’assaut du pied de l’Herdubreid ! Le début de la rando réjouit, le paysage change des 3 jours de désert que nous avons traversé jusqu’à présent. Je trouve le terrain plus agréable, les pieds chassent moins que dans le sable voire accrochent sur les alvéoles de la lave. Sans s’en apercevoir, nous faisons vite du dénivelé sur les dômes de basalte craquelés.

Nous arrivons au pied de l’Herdubreid que nous commençons alors à contourner. Nous croisons de nouvelles roches ocres résultant de la concrétion de sable et de roches volcaniques. Nous continuons à suivre les innonbrables piquets jaunes qui balisent notre chemin, garants de notre route en cas de brouillard. Soudain au milieu du sable noir et des roches je découvre… un appareil photo numérique ! Il est surement là depuis un moment, compte tenu du délavement de sa housse. Nous faisons une longue pause de midi et j’en profite pour voir s’il marche. Apparemment il n’a pas du apprécier son séjour dans le désert islandais (nous sommes capable de le comprendre) par contre il contient une carte smartmédia de Mo ce qui nous permettra de stocker davantage de photos prises par cerf-volant.

Au repas ce midi : Soupe  9 légumes, gouda, humus, concombre et 1BN + ¼ : quel festin ! Nous ne prenons pas de tisane malgré l’eau chaude de ce matin car nous craignons manquer d’eau : nous avons perdu plus de 3 litres de contenance avec l’épisode des platypus et nous ne pouvons pas compter sur les réserves incertaines du refuge de ce soir. On se remet en route et après quelques temps on croise une petite rivière, on en profite pour remplir toutes nos gourdes et faire la vaisselle. Au pire des cas cela nous permettra de tenir jusqu’à l’Askja en se rationnant.

Je profite des replis de la lave pour faire des photos 3D. On continue notre route en faisant de petites pauses de temps en temps. Je me lâche dans ce paysage étrange et n’arrête pas de prendre des photos. Il faut dire que les formations géologiques sont vraiment exceptionnelles. On arrive au refuge à 19h30, le dernier kilomètre fut tout de même difficile. On entre, on se réchauffe autour d’un thé, les réserves d’eau sont largement suffisantes. On commence à faire chauffer l’eau, pendant ce temps, Thomas essaye le cerf-volant mais il n’y a pas suffisamment de vent pour y accrocher le dispositif de prise de vue. On transfère nos cartes mémoires sur le disque dur à l’abri du refuge, les batteries montrent déjà signe de faiblesse, gloups, le transfert à Myvatn a duré un peu longtemps. On part à la découverte des objets du refuge puis on mange bien au chaud et sur une table : Riewele et Hachis Parmentier de bœuf suivis d’un thé ou d’un café. Jérémie se lâche, on laisse un message dans le livre d’or puis on se couche sur de vrais matelas et on arrive même à recréer la nuit en fermant les volets. Pourtant, j’ai plus de difficultés à trouver le sommeil…

 

  Vendredi 14 juillet

 

J’ai eu du mal à trouver le sommeil la nuit précédente, décidément ces nuits en refuge ne sont pas forcément plus confortables. Par contre vu qu’on n’a rien à faire à part attendre, on fait une grasse mat’ jusqu’à 10h30. En décalant le petit dèj, on aura peut-être moins faim dans la journée. De toute manière, on n’arrive pas à avoir de nouvelles du ravitaillement : Aldis n’arrive pas à avoir de liaison téléphonique avec le Landmannalaugar. On décide d’attendre jusqu’à 13h30 de savoir si notre ravitaillement a bien pris la route sinon 2 de nous prendront le bus pour descendre au Landmannalaugar et le ramener en stop. Entre temps nous prenons le petit dèj, nous rangeons les affaires et nous décidons qui descendra en bus. Je descendrais parce que je connais nos besoins en nourriture et que Cécilia veut tester son genou et après discussions Jérémie viendra aussi avec. On attend… c’est toujours aussi long. 13h, on se fait un petit reste de bouillon, ce serait dommage de le jeter : l’Islande nous aura bien appris l’économie de la nourriture !

13h30 : Aldis rappelle, le ravitaillement est parti à bord d’un 4X4 que l’on croisera sur la route. Du coup, on boucle nos sacs, et on se remet en route. L’alerte météo était justifiée, un vent très fort  (70km/h avec rafales) nous rend la progression difficile, nous devons vraiment lutter pour chaque pas mais il fait plutôt beau et pas trop froid.

Le premier gué s’annonce infranchissable sans se mouiller les pieds mais le temps de prospecter les alentours à la recherche d’un passage propice, le bus régulier arrive. Le chauffeur, sympathique nous prend à bord pour traverser. On continue toujours contre le vent quand arrive enfin notre ravitaillement. Les gens sont très sympas, ils nous prennent en photos, on doit passer pour des tarés à marcher dans de telles conditions. On ne compte pas continuer bien longtemps, juste le temps de trouver un endroit un peu abrité du vent ou planter le campement. En plein désert ça relève presque de mission impossible. Finalement après environ 2 km on trouve un coin avec de gros cailloux. On essaye de planter la 1ère tente à 3 mais un arceau pète, on l’immobilise et on va monter la 2e tente tous les 6 puis on réessaye de monter la première, toujours à 6. On place de gros cailloux sur tous les amarrages car le terrain sableux ne retient pas beaucoup les sardines. Je ligature l’arceau cassé avec mon chech pour éviter d’abimer la toile.

Cécilia et moi nous occupons d’établir les rations jusqu’à la fin de l’expé pendant que les autres font chauffer l’eau. On mange : soupe, purée au jambon, et tisane. On passe la soirée à l’abri de la tente à s’énumérer les bons petits plats que nous allons cuisiner à notre retour.

 

   Lundi 17 juillet

 

Il fait toujours aussi beau mais ce n’était pas une bonne idée de nous arrêter au bord d’une rivière. Aujourd’hui, nous avons été réveillés par les nuées de mouches kamikazes qui se projettent contre la toile de notre tente. Elles sont si nombreuses que nous avons d’abord cru qu’il pleuvait. On mange à l’abri d’une tente et on repli le camp en vitesse. Sur notre chemin nous rencontrons un champ de dessous de plats et de puzzles minéraux en tout genre. Pour midi on s’arrête de nouveau près d’une rivière après avoir croisé la route qui mène au refuge de Versalir à quelque kilomètre de là. Le cadre est vraiment magnifique avec toute cette végétation mais après 5 minutes à peine, nous sommes envahis par des nuées de mouches. Nos crackers sur lesquels nous étalons du fromage crémeux se recouvre rapidement de dizaines de mouches, ça fait des protéines en plus ! Nous écourtons notre pause et partons à la recherche de notre sentier.

La faim se fait de plus en plus ressentir et nous attendons tous avec impatience la cabane à frite du Landmannalaugar. Si elle n’existe pas je risque de me faire lincher !

Dans le sable nous n’avançons pas très vite, nous décidons de dorénavant continuer sur la piste. On croise une rivière très large, au moins 100 m. On se prépare à traverser. L’eau presque bonne nous arrive au dessus des genoux.

Après cette traversée rafraîchissante, nous cherchons un endroit pour nous abriter du vent qui s’est levé et prendre le gouter. Nous trouvons un charmant point d’eau sans mouche (à cause du vent) et bordé d’angéliques. J’en goute une tige, mais sans le sucre, ce n’est pas très agréable.

Nous profitons de cette pause et de quelques barres de réseau NMT pour transmettre notre message pour l’Alsace.

Nous continuons notre route péniblement, les uns commençant à ressentir la fatigue physique, tous, la monotonie du paysage. Malgré la beauté de ces grands espaces, nous arriverons ce soir à nos 250km dont presque uniquement du désert avec toujours à perte de vue sable et cailloux.

Nous passons sur un pont qui surplombe de magnifiques gorges aux orgues basaltiques. Nous poursuivons encore sur 2 km et nous nous arrêtons à proximité du croisement situé juste au Nord du Porisvatn, le plus grand lac d’Islande.

Cécilia recommence à avoir du mal avec son genou, son moral ne va pas très fort non plus, ce qui n’arrange rien à l’affaire. Il recommence à faire gris, on monte les tentes, on mange, on regarde attentivement les cartes pour nous rendre compte du chemin qu’il nous reste à parcourir jusqu’au Landmannalaugar et on va se coucher.

 

   Samedi 22 juillet

 

Nous nous réveillons au milieu du champ de lave dans lequel nous avons passé notre nuit à la belle étoile. Durant la nuit il y a eu un peu de crachin du au brouillard mais pas de pluie. Je me lève à 9h et je cherche de la neige pour faire de l’eau. Nous prenons le petit dèj et nous repartons à l’assaut de Porsmork. Le paysage est toujours magnifique : des collines de toutes les couleurs dues à l’oxydation de la rhyolite avec parfois des plaques de neige, des fumerolles. Le brouillard tombe malheureusement et ne nous laisse plus qu’une petite bande de visibilité mais cela est déjà suffisant tant ce que nous pouvons voir est beau. Nous arrivons au refuge après avoir rencontré des marmites bouillonnantes, des champs d’obsidienne luisante et tranchante et traversé d’importants névés. Nous profitons de la salle commune du refuge pour manger au chaud. C’est là que nous rencontrons à nouveau notre couple de français. Nous continuons toujours dans la neige ou nous craignons quelques passages sur des arches très fines. Le chemin est très raide, apparemment les Islandais ne connaissent pas les lacets. Nous avons constamment devant nous un magnifique panorama. Nous rencontrons ensuite des solfatares et Julien profite d’un lit de rivière pour compléter sa collecte de pigments. Nous arrivons alors à la fin du Landmannalaugar, devant nous s’ouvrent à perte de vue des vallées et des montagnes vertes. Au loin nous apercevons le lac des cygnes et le prochain refuge ; nous y seront demain midi. Nous décidons de descendre dans la vallée encore ce soir pour que Cécilia n’ait pas à commencer sa journée par une descente très raide et laisser reposer ses genous pendant la nuit. A mi-parcours nous l’attendons, sa progression est difficile mais elle décide de continuer. Nous lui proposons de laisser son sac ici et Jérémie se propose pour aller le rechercher et en profiter pour prendre des photos. Nous nous installons à côté d’une rivière au milieu de la mousse. Nous nous accordons un bon repas (cachuètes, soupe, nouilles chimoises, compote et tisane) avant de nous coucher.

 

   Mardi 25 juillet

 

On se rapproche de plus en plus de la fin de l’expé : demain dernière journée de marche. Malgré la beauté  des paysages rencontrés la dernière semaine, nous sommes quand même tous contents de clore bientôt nos 350 km de marche. Pour une fois, on entend le réveil de 7h55 et on lève le camp à 10h comme prévu. On ne tarde pas à surplomber les gorges comme prévu. Passage à la corde à nœuds, ponts, on joue les Indianna Jones. Nous croisons toujours des roches basaltiques oxydée de couleur rouge vif ainsi que d’impressionnantes orgues. J’en profite pour récolter diverses graines : Grassette, Silene acaule, Drias octopetala, Saule… On avance bien tranquillement en faisant de nombreuses pauses. Au sommet d’une montée bien raide comme savent les tracer les islandais, Jérémie, Julien et sylvestre profite d’un arrêt pour taper un délire sur les dessous de plats. Les 2 Parisiens qui nous suivaient avaient du mal à en croire leurs oreilles. On s’arrête pour midi avec les 2 Parisiens. Ils nous font gouter leur tarama et on partage notre café. Ils ont l’air impressionnés par notre traversée. On continue toujours bien tranquillement, on suit une petite forêt, Julien en profite pour pisser contre un arbre, peu de gens peuvent s’enorgueillir de l’avoir fait en Islande. La végétation devient peu à peu océanique. On se pose pour prendre le gouter à proximité d’une rivière après avoir fait le plein d’eau et juste avant une grosse montée ; nous sommes à 4 km à vol d’oiseau du refuge de Langidalur où nous prendra le bus demain. On monte et on trouve un endroit bien caché, on décide de planter la tente. Le brouillard tombe assez rapidement et nous voila totalement invisibles. On fait chauffer la flotte et on commence à manger à 18h30 ! Après le repas, j’en profite pour trier mes graines, nous discutons encore un peu et l’on s’endort vers 22h.

 

  Vendredi 28 juillet

 

Aujourd’hui, dernière journée en Islande. Je me lève tôt mais je ne suis pas fatigué, je n’ai pas eu trop de mal à m’endormir malgré mon estomac prêt à exploser après l’orgie de hier soir. Je prépare le petit dèj et mes affaires puis je pars prendre une douche longue, chaude et très agréable si ce n’est toujours la même odeur de soufre. Nous prenons un bon petit dèj comme nous en avons pris l’habitude depuis notre retour à la civilisation. Je vais faire un tour au jardin botanique de Reykjavik pendant que Cécilia et Jérémie font leurs derniers achats, et les autres en profitent pour prolonger leur grasse matinée. Le jardin botanique est assez difficile à trouver mais j’y arrive après quelques détours dans la banlieue islandaise. Je suis un peu déçu par leur collection de plantes islandaises mais le reste du jardin est beau et intéressant. Au bord du bassin, j’observe de nombreux eiders, mouettes et goélands attirés par le pain que leur jette un petit garçon. Je rentre au camping on attend les citadins pour prendre le repas de midi au milieu de l’aprem. On range les affaires, le temps parait menaçant de temps à autre mais reste sec le temps de terminer les sacs. On fait nos adieux à David et Céline et on se dirige vers le centre ville, certains en bus d’autres à pied avec nos gros sacs à dos ; les gens nous regardent un peu bizarrement. Jérémie et moi en profitons pour faire nos ultimes courses puis nous nous retrouvons tous devant le café Paris où nous récupérons les clés de l’appartement où nous allons laisser nos sacs pour la soirée. Pour nous y rendre, nous traversons l’étonnant et magnifique cimetière de Reykjavik, complètement boisé. Nous ramenons les clés au café Paris et nous nous dirigeons vers la laugavegur en quête d’un restaurant : ce soir Thomas nous invite. Nous en trouvons quelques-uns mais ils ferment à 19h, bizarre. On entre finalement dans un délicieux restaurant végétarien Anoestu Grösum ou nous mangeons indien. On ressort mais vachement tôt, on déambule dans la ville puis on retourne au café Paris boire un petit quelque chose. Il est 23h on est tous nazes, on décide donc de passer notre vendredi soir islandais au terminal de la BSI, ce qui à l’air d’étonner beaucoup les autochtones. Nous récupérons nos sacs et nous allons au terminal. Nous sommes à peine installés dans les agréables fauteuils dont on nous avait parlé qu’on se fait chasser par un gars de la BSI. Nous attendons dehors dans le froid et sous la lumière des néons, pour une fois qu’il commençait à faire nuit ! Jérémie et Sylvestre font une excursion à l’observatoire pendant que les autres essayent vainement de dormir. Finalement à 2h du mat’, par pitié, ils nous laissent finalement rentrer.

 

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